Mes parents ont 70 ans. On est 7 potes depuis l'école primaire. 6 sont aujourd'hui pères. 4 le sont devenus pendant les 35 mois où je vis loin.

Moi, je vis à près de 10 000 km. Au Vietnam. Bientôt en Thaïlande.

Aucune lettre que j'ai lue sur le nomadisme n'aborde ça frontalement. Aujourd'hui je raconte comment je le vis. Sans héroïsme. Sans dénégation.

L'annonce face à mes parents

Quelques mois avant le grand départ de juin 2023, je m'assois à table avec mes parents et leur dis qu'on s'en va, ma copine et moi. Pas par mail. Pas en visio. En face.

Trois questions arrivent dans l'ordre : "Combien de temps ? Pour faire quoi ? Et le boulot ?"

La sensation en trois temps : soulagement (enfin dit), culpabilité (ma mère qui cherche à comprendre, mon père silencieux), et défi (comme quand je leur avais annoncé que j'arrêtais la viande).

Les amis qui s'enracinent

Sur ces 7 potes, 6 sont aujourd'hui pères. Plusieurs mariages où je n'étais pas. Plusieurs naissances où je n'étais pas le premier à voir le bébé. Plusieurs anniversaires où il a fallu envoyer un message au lieu de partager un verre.

Je n'ai pas la prétention de faire passer ça pour une "petite chose". Mais c'est aussi celle que les nomades adultes vivent en silence.

L'arrangement concret

Sur les 35 mois en Asie, on est rentrés en France une seule fois : 6 mois entre mars et octobre 2025.

Pour le reste, le lien tient à distance : 3 à 5 appels visio par mois avec mes parents, quelques échanges WhatsApp avec ma grande sœur pour les sujets denses.

Le rôle de la fratrie

Il faut nommer une chose : si je peux vivre à 10 000 km, c'est aussi parce que ma grande sœur est sur place. Elle habite à 35 minutes en voiture de chez mes parents. C'est elle qui passe les voir régulièrement, qui les accompagne aux rendez-vous médicaux quand il y en a.

Sans elle, je ne suis pas sûr que le compromis tiendrait.

Ce qu'en pensent mes parents aujourd'hui

Presque 3 ans après le grand départ, mes parents ont moins peur qu'avant. Mais ils restent inquiets : c'est leur rôle.

Ce qui les rassure le plus : me voir bien. Pas mes promesses de rentrer. Pas mes plans long-terme. Juste, quand on s'appelle, qu'ils me voient en bonne santé et qu'ils m'entendent parler d'un projet qui avance.

Ce que j'en retiens

Si tu portes ce frein famille comme une boule dans le ventre :

Ne pas partir parce que tes parents vieillissent, c'est une décision qui peut peser dans 10 ans. Réfléchis-y franchement, pas par peur.